Ce n'est pas le destin qui importe, mais la façon dont tu le domptes.
Les mots lui revinrent à l'esprit.
Et elle comprit. Le monde tel qu'elle l'avait connu n'existait plus.
Seule restait la misère, omniprésente sur la sphère noire que la terre était devenue.
Et elle comprit. La raison de son incroyable périple lui apparu clairement. En effectuant ce long voyage, elle avait changé le cours de son propre destin, et avait gagné le pouvoir de modifier celui du monde tout entier. Et protéger ceux qui étaient encore sa famille. Les Hommes.
˜˜˜
Longtemps elle l'avait cherché. Enfin, elle venait de le trouver.
Devant elle se dressait l'Agonia. Le piton rocheux semblait s'étendre jusqu'aux cieux.
« Et c'est sûrement le cas », pensa-t-elle.
Mais plus impressionnantes encore que la taille du pic étaient les inscriptions qui le parcouraient sur toute sa surface.
Etendant sa main, elle effleura la roche. Un frisson la parcouru tandis qu'elle prenait conscience de toucher au but. Elle fit lentement glisser ses doigts le long de la paroi, frôlant les fins sillons que formaient les mots d'une langue inconnue.
Elle posa son autre main sur le monument, puis ferma les yeux.
« Algaren Agonia taroness adenar Ilmondal », murmura-telle avec toute la foi qu'elle possédait.
˜˜˜
« Il est temps pour toi de repartir, lui dit-il.
- Déjà ? répondit-elle, déçue.
- Tu es ici depuis plus longtemps que tu ne sembles le penser.
- Longtemps ? Longtemps comment ? »
Eldawyr sembla soudain pensif.
Elle savait déjà qu'elle n'aurait pas de réponse à sa question.
« - Bien, je partirai dès que possible.
- Maintenant. »
Et soudain devant elle se dressa Agonia. La Montagne du Dernier Souffle était aussi imposante que dans ses souvenirs. Et toujours aussi belle.
« Maintenant ? »
L'Elfe hocha la tête.
« - Elda'... Tu vas me manquer. Vraiment.
- Tu me manqueras aussi, jeune Humaine.
- Tu ne comprends pas. J'ai l'impression que sans toi ma vie toute entière aurait été privée de son sens. Je vais te quitter, puisque tu sembles considérer que c'est nécessaire, mais je ne t'oublierai jamais. Tu seras toujours mon Guide.
- C'est cela, en quelque sorte.
- Tu essayes de me faire deviner quelque chose ?
- Non, il n'y a rien à deviner. Je suis le Gardien du Monde. Du Monde tout entier : Ilmondal, mon univers, et Armondal, le tien. Jeune Humaine, je vais te demander de me faire une promesse.
- Laquelle ?
- Celle de ne jamais oublier l'Essence de la vie. De ne jamais oublier que ce n'est pas le destin qui importe, mais la façon dont tu le domptes. »
Elle promit.
Puis, plus émue qu'elle ne l'avait jamais été, elle posa les paumes de ses mains contre la roche.
« Une dernière chose, jeune Humaine. »
Elle leva les yeux vers son ami. Vers son Guide.
« Il y a une dernière chose que tu dois comprendre. Les Hommes ont besoin d'apprendre à dompter leur destin. Tu seras le grain de poussière qui brisera les rouages infernaux et le leur apprendra. Tu seras le Regard neuf du Passé. »
Il lui adressa un dernier sourire, qui semblait presque triste.
« Au revoir, Grain de Poussière. »
Puis il disparut. Pour toujours.
Elle prononça les Mots.
« Algaren Agonia taroness adenar Armondal »
˜˜˜
Une larme roula le long de sa joue.
Le monde qu'elle connaissait n'était plus.
Son village avait disparu, laissant la place à une sombre ville aux tours élevées.
Voilà des semaines qu'elle marchait.
Le monde qu'elle connaissait n'était plus. Tout avait changé.
L'air était devenu putride, les terres arides et les Hommes faibles.
Eldawyr le Sage avait raison. Le temps était passé bien plus vite ici que dans le pays des Eternels.
Et pendant ce temps, qui lui avait paru si court, les Hommes avaient changé.
Ils s'étaient laissés persuader d'être faibles.
D'être assujettis au destin.
Et par là même avaient été assujettis à une poignée d'hommes.
Les Hommes ont besoin d'apprendre à dompter leur destin. Tu seras le grain de poussière qui brisera les rouages infernaux et le leur apprendra. Tu seras le Regard neuf du Passé.
Elle comprit.
Elle était la seule à connaître la Vérité. La seule à pouvoir ramener les Hommes à leur liberté.
Car elle avait connu le Passé. Le temps où les Hommes étaient encore maîtres de leurs destins. Elle était le Regard Neuf du Passé.
˜˜˜
Ce n'est pas le destin qui importe, mais la façon dont tu le domptes.
Les mots lui revinrent à l'esprit.
Et elle comprit. Le monde tel qu'elle l'avait connu n'existait plus.
Seule restait la misère, omniprésente sur la sphère noire que la terre était devenue.
Et elle comprit. La raison de son incroyable périple lui apparu clairement. En effectuant ce long voyage, elle avait changé le cours de son propre destin, et avait gagné le pouvoir de modifier celui du monde tout entier. Et protéger ceux qui étaient encore sa famille. Les Hommes.
A nous d'être les grains de poussière.
Aniel De Quelnor.